Adobe met à la retraite Flash

L’utilitaire jadis controversé d’Adobe, Flash Player, né il y a 24 ans, a permis à l’Internet de passer du texte au multimédia. Tirant sa révérence le 12 janvier 2021, il contraint les éditeurs de navigateurs web à s’adapter avec plus ou moins d’enthousiasme à cette nouvelle donne.

En fin de semaine dernière, Adobe a livré la dernière mise à jour de Flash Player, en précisant aux utilisateurs que l’application refuserait d’exécuter du contenu Flash à partir du 12 janvier. « Aujourd’hui, nous livrons la dernière release de Flash Player pour toutes les régions, hormis la Chine continentale », a écrit Adobe dans son avis de mise à jour publié le 8 décembre. « Adobe ne supportera plus Flash Player après le 31 décembre 2020, et Adobe bloquera le contenu Flash dans Flash Player à partir du 12 janvier 2021 ». L’adieu d’Adobe vient clore 24 ans de vie du lecteur multimédia autonome, utilitaire autrefois très critiqué, qui a pourtant permis à Internet de passer du contenu en texte seul au contenu multimédia.

La nouvelle n’a rien d’une surprise. Dès la mi-2017, Adobe a prévenu qu’elle mettrait fin au support de Flash et cesserait la distribution de l’application avant la fin de l’année 2020 avant d’en remettre une couche il y a quelques mois. L’éditeur avait justifié ce choix par l’évolution et la maturation de standards ouverts comme le HTML5, WebGL et WebAssembly, qui « apportent de nombreuses capacités et fonctionnalités dont les plugins ont été les pionniers » et qu’ils constituent donc « une alternative viable pour le contenu sur le web ». Ce qu’Adobe a omis de mentionner, c’est l’extrême vulnérabilité de son lecteur Flash à partir du début du siècle, et les livraisons interminables de correctifs pour réparer des vulnérabilités de sécurité, souvent des failles « zero-day » très critiques, qui avaient poussé tant de créateurs de contenu, d’anciens partenaires logiciels et d’utilisateurs à ne plus utiliser le lecteur d’Adobe. Les grands éditeurs de navigateurs – Apple, Google, Microsoft et Mozilla – avaient profité de l’annonce d’Adobe de juillet 2017 pour prendre de la distance avec Flash Player. Étant donné que l’essentiel des contenus Flash ont été créé pour des sites web et étaient exécutés dans des navigateurs web, la décision de ces quatre éditeurs a eu une conséquence radicale sur l’avenir du lecteur.

Mais comment les éditeurs de navigateurs vont-ils gérer la fin définitive du player d’Adobe à la fin de cette année et au début de l’année prochaine, s’ils ne l’ont pas déjà fait ? Eléments de réponse.

Google Chrome

« Flash Player sera considéré comme obsolète et son chargement sera bloqué » dans Chrome en janvier prochain, a déclaré Google dans la feuille de route de Chrome. Le projet Chromium, l’initiative menée par Google pour développer des technologies basées sur Chrome, qui concerne également Microsoft Edge, ne supportera plus du tout le lecteur Flash à partir de janvier, avec le lancement de Chrome 88, dont la livraison est prévue pour le 19 janvier. « Il ne sera plus possible d’activer Flash Player dans la politique d’Entreprise à partir de Chrome 88+ », a ainsi déclaré Google.

Microsoft Edge et Internet Explorer

Parce que Microsoft Edge est désormais basé sur Chromium et qu’Internet Explorer (IE) n’est supporté qu’en dernier recours pour les entreprises, les mesures que doit prendre la firme de Redmond pour mettre fin au support du lecteur Flash sont plus compliquées. Néanmoins, Microsoft ne procèdera pas par étapes. L’éditeur prévoit plutôt d’aller à la racine du problème et de purger Flash de Windows. Ce qu’Adobe ne fait pas automatiquement, même si l’entreprise a conseillé aux utilisateurs de le faire pour « contribuer à sécuriser leur système ». Pour avoir un aperçu complet des plans de Microsoft à ce sujet, y compris pour savoir quelles sont les options disponibles pour les entreprises et la manière dont l’éditeur compte extirper Flash de Windows, les utilisateurs devraient consulter cette page web, en ligne depuis le mois de septembre, qui reste d’actualité. Microsoft prévoit de proposer la désinstallation de Flash via Windows Update et Windows Server Update Services (WSUS) en tant que téléchargement « optionnel », « début 2021 », et « recommandera » la mise à jour quelques mois plus tard.

Cette mise à jour a été introduite dans le catalogue Windows Update à la fin du mois d’octobre, et peut donc être téléchargée manuellement et déployée immédiatement par les particuliers et les administrateurs IT. Cette liste comprend la mise à jour de toutes les versions de Windows actuellement supportées. Au cours de l’été 2021 (l’entreprise n’a pas été plus précise que cela), Microsoft supprimera tous les composants de la version originale 2015 d’Edge et d’IE ayant un lien avec le support de Flash. « Toutes les API, politiques de groupe et interfaces utilisateurs qui régissent spécifiquement le comportement d’Adobe Flash Player seront supprimées de l’ancien Microsoft Edge et d’Internet Explorer 11 via la dernière « mise à jour cumulative » de Windows 10 », a déclaré Microsoft. Dans le même temps, la « Mise à jour pour la suppression d’Adobe Flash Player » sera intégrée dans la mise à jour cumulative (Windows 10) ou dans la maj. mensuelle (Windows 8.1), ce qui signifie que Flash sera automatiquement supprimé.

Mozilla Firefox

Mozilla a adopté une approche plus directe pour supprimer Flash de son navigateur. Firefox 84, qui, selon le calendrier de sortie sera livré ce 15 décembre, sera la « dernière version à supporter Flash », a déclaré l’éditeur. Firefox 85, dont la sortie est prévue pour le 26 janvier 2021, sera « livré sans le support de Flash », a ajouté Mozilla dans le même avis.

Apple Safari

Concernant le navigateur d’Apple, la version 14 de Safari, livrée en novembre 2020 avec la mise à jour de macOS 11 (alias Big Sur) et proposée fin septembre aux utilisateurs des versions précédentes de macOS (Catalina et Mojave), ne permet pas d’utiliser le contenu Flash. Il n’est pas surprenant qu’Apple ait été le premier grand éditeur de navigateurs à supprimer tout support de Flash. Apple a eu de longue date une relation conflictuelle avec Flash : iOS a toujours été un système d’exploitation sans Flash et macOS a cessé de proposer le plug-in Adobe il y a plus de dix ans.

Accompagner les entreprises au changement

Pour les entreprises qui ne peuvent pas se passer de Flash et les autres Adobe a publié ici une page contenant des informations supplémentaires spécifiques aux entreprises. Parmi ces informations : comment supprimer les invites proposant aux utilisateurs de désinstaller Flash, comment continuer à utiliser Flash, très probablement dans le périmètre de l’entreprise, et où s’adresser pour obtenir un support Flash de tierce partie en 2021. Un « Guide d’administration d’Adobe Flash Player 32.0 » est à ce sujet téléchargeable à cette adresse pour aider les administrateurs à bien gérer la continuité d’usage.

Mais le recours à un support de tierce partie est peut-être le plus intéressant. Adobe s’est associé à Harman, l’entreprise du Connecticut, probablement plus connue pour ses produits audio Harman Kardon et JBL, pour fournir un support pour Flash après sa mise à la retraire. Le site web de Harman le confirme : « Harman offrira un support et des mises à jour de sécurité pour Adobe Flash Player et pourra fournir des solutions jusqu’à la fin de 2023 et au-delà », a déclaré l’entreprise. Un formulaire de contact est disponible sur son site pour obtenir plus d’informations sur l’offre de Harman.

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