Comment le passage de Sun à Linux a lancé AWS

Un ancien dirigeant d’Amazon raconte comment le passage de Sun/Solaris à HP/Linux a sauvé l’entreprise et conduit à la création d’AWS.

Dan Rose, aujourd’hui président du fonds d’investissement Coatue Ventures, a posté début janvier un fil de discussions sur Twitter, dans lequel il explique comment l’infrastructure AWS a été construite sur Linux. M. Rose a travaillé chez Amazon de 1999 à 2006, où il a géré la division de vente au détail et a contribué à l’incubation du lecteur Kindle avant de passer chez Facebook. Il était donc chez Amazon en 2000 lorsque la bulle Internet a éclaté, et qu’un point-com de haut vol après l’autre se ratatinait et mourait, non sans avoir carbonisé des lignes de crédit dans des bureaux luxueux tout en n’ayant souvent rien à montrer en termes de produit.

À cette même époque, Dan Rose rappelle que le plus gros investissement d’Amazon avait été réalisé pour créer un centre de données équipé de coûteux serveurs Sun. La devise d’Amazon était alors “devenir grand rapidement”, et la stabilité du site était essentielle. Chaque seconde d’indisponibilité signifie des pertes de ventes, et Sun était la référence en matière de serveurs Internet à l’époque. Ils avaient à cette époque une importante division logiciels dirigée par un vice-président nommé Eric Schmidt.

Sun pour démarrer 

La pile propriétaire de Sun (Solaris et Sparc) était “chère et collante”, comme l’explique Dan Rose, et elle a été conçue de cette façon. À l’époque, le marché Unix était partagé entre Sun (Solaris), HP (Ux), IBM (Aix) et SGI (Irix), et tous mettaient en avant des variantes de systèmes d’exploitation Unix conçues pour être moins que portables. Mais on peut dire sans risque de se tromper que les premiers sites Internet importants ont été construits sur Sun avec Solaris et SunOS. Le fournisseur de Santa Clara avait en effet ce second système d’exploitation reposant sur BSD 4.2, qui n’avait pas d’interface graphique. (À l’époque pré-DNS, alors que j’étais à l’université, je me suis fait les dents sur SunOS 3.x et j’ai dû apprendre la ligne de commande Unix. Mon premier FAI à la sortie de l’université vous déposait dans un shell SunOS, et si vous ne saviez pas quoi faire en regardant les pourcentages défilés, vous étiez perdu).

Comme les start-ups sont mortes en 2000 et ont liquidé leur équipement de centre de données, des serveurs Sun peu utilisés ont commencé à apparaître sur eBay à un prix anormalement bas (10% du prix d’origine). En conséquence, les ventes de Sun ont pris un grand coup, ce qui a marqué le début de la fin pour l’emblématique de fournisseur de Santa Clara, finalement racheté par Oracle.

Bascule totale vers Linux

Amazon aurait pu utiliser cette situation difficile pour négocier un meilleur accord avec Sun, a indiqué Dan Rose, mais Jeff Bezos a choisi une approche plus radicale. Le directeur technique d’Amazon, Rick Dalzell, a fait pivoter toute l’organisation d’ingénierie pour remplacer Sun par un duo HP/Linux. Aujourd’hui, personne ne sourcille devant une telle décision, mais en 2000, elle était relativement audacieuse. Après tout, Linux 1.0.0, la première version prête pour la production, n’était sortie qu’en 1994.

“Six ans plus tard, nous avons misé sur cette solution pour la société, ce qui était à l’époque une approche nouvelle et risquée”, a déclaré Mr Rose. Le développement de produits s’est arrêté pendant la transition. L’entreprise a gelé toutes les nouvelles fonctionnalités pendant plus d’un an, et elle était donc confrontée à un énorme retard, mais rien de nouveau ne pouvait être livré avant la fin du passage complet à Linux. Au cours de cette période, les recettes ont ralenti. L’implosion de la bulle Internet se poursuivait, l’économie glissait vers la récession en 2001, puis le 11 septembre est arrivé. Amazon est passé à quelques doigts de la faillite, a déclaré Mme Rose.

Baisse des coûts de 80%

“Mais une fois que la transition vers Linux entamée, il n’y a pas eu de retour en arrière. Tout le monde était sur le pont pour refaçonner notre base de code, remplacer les serveurs, préparer la transition. Si cela fonctionnait, les coûts d’infrastructure baisseraient de plus de 80%. Si cela échouait, le site web s’effondrerait et l’entreprise mourrait”, a-t-il écrit. Une fois la transition terminée, le site a continué à fonctionner sans interruption. “Les dépenses d’investissement ont été massivement réduites du jour au lendemain. Et nous avons soudain eu une infrastructure infiniment évolutive”, explique M. Rose. “Ensuite, quelque chose d’encore plus intéressant s’est produit. En tant que distributeur, nous avons toujours été confrontés à une énorme saisonnalité, avec un trafic et des revenus en hausse tous les novembre et décembre. Jeff a commencé à réfléchir : nous avons toute cette capacité de serveur excédentaire pendant 46 semaines/an, pourquoi ne pas la louer à d’autres entreprises ?”

À la même époque, Jeff Bezos s’est intéressé au découplage des dépendances internes afin que les équipes puissent se développer sans être bloquées par d’autres. Les changements architecturaux nécessaires pour permettre ce modèle découplé sont devenus les API primitives d’un système similaire à celui du réseau électrique. En 1900, une entreprise devait construire son propre générateur électrique pour pouvoir ouvrir un magasin. En 2000, pourquoi une entreprise devrait-elle construire son propre centre de données ?” écrit M. Rose.

Il a reconnu que l’infrastructure dans le cloud aurait fini par apparaître même sans AWS, mais combien de temps après et à quel coût de revient ? Avec la disponibilité de l’infrastructure AWS en tant que service, le coût de déploiement d’une start-up a été réduit de façon spectaculaire, l’innovation a explosé et l’écosystème moderne du capital-risque était né, souligne-t-il 

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