La notion d’entreprises à impact séduit de plus en plus les investisseurs

Omniprésent dans les médias et dans les pitchs des startups, l’impact trouve également une place de choix auprès des investisseurs. Dans son dernier rapport, l’entreprise londonienne GP Bullhound a analysé plus de 10 000 opérations de levée de fonds et 3 000 opérations de fusions et acquisitions dans le monde, à partir de 2015. Les entreprises dites à impact ou engagées dans une amélioration de leurs critères environnementaux, sociaux et de gouvernance – dits ESG – attirent de plus en plus les investisseurs et prennent une part croissante dans leurs portefeuilles avec une certaine hétérogénéité cependant.

ESG et impact séduisent les investisseurs 

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le volume d’actifs conformes aux normes ESG sous gestion des signataires de l’ONU PRI (investissement responsable) a augmenté de manière croissante, passant de 12 000 milliards de dollars en 2012 à 42 000 milliards en 2020, avec une croissance annuelle de 19%. D’ici fin 2021, GP Bullhound estime que cela représentera 38% des actifs gérés dans le monde.

Mais au niveau de l’impact, les investissements restent plus timides. Les actifs sous gestion des fonds à impact ont certes triplé en trois ans (0,2% à 0,6%) mais représentent encore moins de 1% des actifs mondiaux sous gestion. Ils évoluent néanmoins très vite. Alors que les investissements ESG ont augmenté de 13% entre 2017 et 2019, ceux liés à l’impact ont bondi de 77%. 

Au total, les fonds levés par les entreprises à impact dépassent les 10 milliards de dollars en Europe et aux États-Unis en 2020, plus du double de 2017. On observe également que le ticket moyen augmente et que les financements initialement tournés vers les tours de seed et de série A migrent très nettement vers des séries C et plus. Preuve que ces entreprises réussissent à croître et se développer.

L’impact, un critère décisif pour les fonds 

« On voit à quel point l’impact et les investissements ESG sont devenus importants pour les fonds d’investissement de plus en plus disposés à anticiper les risques et les opportunités liés au développement durable » , explique Guillaume Bonneton, Partner chez GP Bullhound. Pour illustrer son propos, il cite les deux levées de fonds réalisées par EcoVadis en 2016 et 2020. « Pour la première, opérée il y a 4 ans, le fait d’obliger les fournisseurs à se donner une note sociétale était vu comme un petit plus. Mais en 2020, tous les fonds, y compris ceux qui ne sont pas spécialisés dans l’impact, se sont intéressés à cette entreprise car ce petit plus est en fait un point majeur de l’equity story aujourd’hui » . Le constat est identique pour BackMarket qui, rappelons-le, a levé pas moins de 110 millions d’euros en pleine pandémie. 

Le social impact et le Saas, grands favoris 

Vendre ses vertus à un investisseur est une chose, les prouver en est une autre. Aujourd’hui, les paroles ne suffisent plus, consommateurs et investisseurs veulent des preuves. La mesure et la data ont le vent en poupe. Résultat : à eux seuls, les éditeurs de logiciels ont dominé les cycles de financement dans ce sous-secteur – représentant 45% de toutes les activités d’investissement à impact. « C’est principalement parce qu’ils permettent de mesurer et d’obtenir de la donnée. Aujourd’hui les consommateurs peuvent tout vérifier, tout se sait grâce au blog et aux médias. C’est hyper simple de calculer son empreinte carbone. Les voyages sont payés en ligne, les impressions réalisées au bureau sont comptabilisées… Les logiciels d’analyse permettent également d’améliorer les cycles de vente » , détaille Guillaume Bonneton. En somme, le Saas — qui concentre les éditeurs de logiciels — est devenu un outil indispensable.

L’intérêt pour la mesure dépasse l’Europe. Lors de son arrivée à la Maison Blanche, l’un des premiers executive order signé par Biden touchait justement à la mesure des performances des entreprises dans ces domaines. 

« Les mesures prises en faveur de l’environnement ne font pas encore l’objet de consensus »

En creusant davantage la question, on se rend également compte que le social impact tire son épingle du jeu. Comparé au climat et à la data analyse, il figure en pole position concernant les opérations de fusion-acquisition. Le récent rachat de Lalilo par le groupe américaine Renaissance en est d’ailleurs la preuve. En effet, EdTech et HealthTech sont deux verticales très regardées pour les rachats. 

La fin des fonds classiques ?

Les investisseurs ne sont pas les seuls à être séduits par l’investissement à impact. “Les LPs (Investisseur en capital d’un fonds, NDLR) sont contents de voir qu’ils investissent dans des entreprises qui favorisent un meilleur environnement social, par exemple. Cela aide aussi les fonds à lever, notamment aux États-Unis où ils peuvent dire aux épargnants : notre fonds de pension a investi dans telle ou telle entreprise” , analyse Guillaume Bonneton. Peut-on alors imaginer dans quelques décennies, et peut-être même avant, que les investissements ESG seront une norme ? « À terme, tous les fonds ont vocation à devenir des fonds ESG mais il existera encore des fonds consacrés à l’impact car c’est un peu plus engageant » . L’arrivée de nouveaux fonds et véhicules d’investissements sur ce segment, comme 2050 créée par Marie Ekeland, ou Founders Future par Marc Menasé, témoigne d’un attrait évident ce fameux « impact ».

Si l’attitude des consommateurs va obliger les entreprises à changer leurs attitudes, les résultats seront plus longs à intervenir. « Nous sommes vraiment au début, nuance Guillaume Bonneton. Les mesures prises en faveur de l’environnement ne font pas encore l’objet de consensus. L’Europe et le Canada sont un peu plus en avance. Les États-Unis ont pris du retard mais Biden veut revenir dans la course. Il va falloir augmenter le coût carbone, par exemple, les consommateurs ne peuvent pas tout faire, les États aussi ont leur responsabilité » . Sans oublier les financiers

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