Les assureurs sous pression

On connaîtra aujourd’hui l’issue du bras de fer entre le gouvernement et les assureurs. Ces derniers vont annoncer le gel de leurs tarifs pour les cafés restaurants. Mais deux autres sujets sont sur la table : les loyers et les résiliation de contrats.

Bruno Le Maire, le ministre des Finances, menace les assureurs d’une taxe de 1,2 milliard d’euros s’ils ne font pas un geste pour les cafés, les restaurants et les hôtels actuellement fermés, qui sont dans une situation financière difficile. Ce geste attendu, c’est un gel de leurs primes d’assurance.*

Ce gel est en réalité acquis – et il pourrait s’étendre pour certains assureurs aux activités culturelles, au tourisme, à l’événementiel et au sport. Mais selon nos informations il y a trois autres sujets sur la table. Le gouvernement veut que les assureurs ne puissent pas, d’ici l’été, résilier les contrats en cas de retard de paiement des primes – les garanties seraient maintenues. Une médiation sera proposée. Et il y a la question importante -pas tranchée celle-là-, celle des loyers payés par les commerces dont le bailleur est un assureur. Il y aurait une franchise de dix semaines peut-être (les mutualistes y sont prêts, pas les autres). On verra. Voilà, là, j’ai parlé aux professionnels, mais au-delà de quoi s’agit-il ?

En 2008, les accusées, c’étaient les banques, ce n’est pas le cas aujourd’hui, elles ont aidé, et vite, les entreprises.

Les compagnies d'assurances ont-elles montré la solidarité espérée durant cette crise du Covid ? Les politiques comme les commerces fermés semblent penser que non À lire  –   Politique Covid-19 : les assureurs dans le collimateur des politiques

Cette fois, ce sont les assureurs qui sont dans le collimateur. Les assurés leur disent : j’étais assuré chez vous, mon commerce est fermé, je ne peux plus travailler, vous devez m’aider. 

Les assureurs répondent : non, ce n’est pas un incendie, un vol ou une fermeture pour cause d’intoxication alimentaire dans votre restaurant. C’est l’Etat qui vous a fermé et personne ne peut indemniser tous les restaurants, ou toutes les discothèques ou toutes les stations de ski. 

Axa parle de chantage, dit qu’il n’y a pas d’autre pays où cela se passe aussi mal, l’entreprise a déjà perdu 1,5 milliard de résultat à cause du Covid-19, tout compris, en net. Et Axa a encore vu les dégâts causés samedi par les casseurs samedi à Paris, il y aura des indemnisations. 

Alors, que penser de tout çà ?

Clairement, la communication des assureurs a été médiocre et l’opinion estime qu’ils ne sont pas sur la paille. Clairement aussi, il y a comme toujours l’envie très française de trouver des boucs-émissaires. Mais la difficulté des assureurs est qu’ils se tirent tous dans les pattes : les généralistes (comme Axa ou Generali), les spécialisés (Maif), les banquiers-assureurs (Crédit Mutuel-CIC qui gagne des parts de marché), les sociétés cotées, les  mutualistes. 

Et puis il y a la politique. 

Florance Lustman, présidente de la Fédération Française de l'Assurance, dans le studio de France Inter À lire  –   Économie “Dire que les assureurs se seraient enrichis pendant la crise, c’est n’importe quoi”, pour Florence Lustman

Oui. Emmanuel Macron et Bercy entendent d’autant plus obtenir quelque chose des assureurs que Xavier Bertrand, adversaire de droite, ancien assureur lui-même, en a fait un cheval de bataille. Il n’est pas question de lui laisser trop d’espace.


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