Julien Lopez, skieur hors-piste et libre entrepreneur

Republication d’un article du 1er juillet 2021

Julien Lopez a la bougeotte. Celui qui est devenu champion du monde de ski freeride en 2009, quand la discipline ne faisait qu’émerger à l’échelle mondiale, a multiplié les projets ces dernières années. Fort d’un esprit cartésien, il entreprend tout en préparant son retour sur les pistes pour fêter ses 40 ans en 2022… près de cinq ans après avoir annoncé prendre sa retraite sportive. L’athlète a fondé en 2010 la plateforme BedAndFriends, dans le but d’optimiser la gestion de ses propres biens immobiliers dans sa région natale : la Savoie. Une solution qui, après avoir fait ses preuves, a été récemment repérée par des investisseur et qui sera prochainement rendue accessible au grand public. « Il s’agissait à l’origine de garantir mes revenus locatifs. Au vu de ce succès personnel, je veux permettre à ceux qui disposent de multiples appartements de l’utiliser à leur tour » , explique-t-il à Maddyness.

Un début de carrière fulgurant

C’est à 10 ans que le natif de La Plagne fait ses débuts en ski. « Je me suis inscrit au club des sports pour être avec mes potes » , raconte Julien Lopez, qui affirme n’avoir eu aucune prétention à l’origine. Élève régulier et appliqué, il est repéré cinq ans plus tard et participe à ses premières compétitions de ski acrobatique. L’adolescent, un brin téméraire, n’hésite pas au moment de se spécialiser dans le ski de bosses – une discipline souvent liée à des traumatismes dans l’imaginaire collectif. « Je me suis classé quatrième aux championnats du monde junior » , souligne-t-il, concédant avoir dès cet instant nourri « le rêve olympique ». Julien Lopez vise alors le niveau qui lui permettrait de se qualifier aux Jeux olympiques de Salt Lake City, en 2002… sans finalement y participer. « C’est un énorme regret, affirme-t-il. D’autant plus que j’ai, ensuite, été contraint d’arrêter la compétition du fait d’une blessure. »

Alors qu’il lui était complètement impossible de plier le genou, un geste indispensable pour tout skieur, Julien Lopez suit une rééducation de deux ans. « Je suis devenu spectateur de 2002 à 2004. Cela a été quelque chose de très dur à digérer, se remémore-t-il, assurant avoir profité de la période pour affiner son projet sportif. Un partenaire m’a approché pour m’inciter à bifurquer vers le freeride. » Une discipline exigeante et risquée. Un défi pour quiconque se remet d’une blessure. « Il fallait désormais sauter au-dessus de rochers, par exemple » , illustre le sportif, qui avance avoir « posé les béquilles » au moment où on l’a confronté à son avenir lors de son cursus en BTS Action commerciale au Centre d’études des sportifs nationaux et internationaux (Cesni). Le freeride se démocratise alors à travers le monde. En 2005, Julien Lopez parvient à se hisser parmi les figures montantes de la discipline. Il signe avec les marques Quicksilver, Zag Skis, DaKine et PullIn comme sponsors.

S’assurer une rente pour vivre de sa passion

Julien Lopez vit, à cette époque, en colocation avec des amis sportifs. « On avait un super appart, que je ne voulais pas rendre à la fin des cours » , se souvient-il. Il met alors au point une stratégie pour le conserver sur le long terme, même après le départ des colocataires : chacun paiera « un prix psychologique » , suffisant pour rentabiliser la location. Une année de mise à l’épreuve plus tard, le dispositif est concluant pour le skieur. « C’est à ce moment précis que je parviens à faire le distinguo entre deux catégories de métiers : ceux dans le cadre desquels l’argent vient à toi et ceux pour lesquels tu dois aller le chercher.  » Dans les faits, le sportif se rend compte qu’il peut s’appuyer sur cette rente pour focaliser ses efforts sur le ski. Il acquiert alors de nombreux appartements et doit s’occuper des formalités administratives associées. « Cela devenait un problème, jusqu’à ce que je tombe sur un développeur qui m’a assuré pouvoir m’aider à mieux gérer le tout à distance » , relate-t-il.

Une première version de ce qui deviendra BedAndFriends voit le jour de 2006 à 2008. La plateforme permet alors de réaliser des encaissements ou des états des lieux. Le locataire n’a qu’à remplir un formulaire pour générer automatiquement un bail, qui est signé avec un proche de Julien Lopez vivant à proximité. Le skieur considère alors mettre sa carrière sportive en pause afin de développer cette activité. « C’était assez innovant pour l’époque, assure-t-il. J’ai finalement choisi de continuer le ski : il faut garder la forme physique et on ne peut pas repousser, contrairement à un projet entrepreneurial.  » Cette détermination le conduit jusqu’à la victoire au Freeride World Tour en 2009, lors de la dernière étape qui a été disputée en Alaska (États-Unis). « Une relance sportive » , selon ses propres mots, qui le pousse à repousser ses limites. Par deux fois, les années qui suivent, Julien Lopez est pris dans une avalanche. « Cela constitue un traumatisme, même si j’en suis sorti indemne. Depuis, cette expérience m’a aidé à accrocher les entrepreneurs » , sourit-il, comme pour assurer que ces épisodes sont derrière lui.

L’improvisation dans le sport et les affaires

Sa retraite sportive annoncée, en 2017, le champion du monde de ski freeride s’investit à 100 % dans BedAndFriends. Il améliore la technologie, avec pour seul collaborateur le développeur des débuts. Dès lors, la tierce personne de confiance reçoit une notification une fois qu’un locataire a visité le bien en location en 3D. Une contre-visite est alors planifiée sur place et le bail généré au format PDF. « Tu rentres dans l’appartement directement, en indiquant ton numéro de carte bancaire et payant ton premier mois à l’avance » , souligne Julien Lopez, d’après qui « des opportunités nouvelles » émergent alors que le nomadisme s’accroît suite à la crise du Covid-19. L’entrepreneur sillonne, dès 2017, les événements de Bpifrance sans business plan. « J’ai débarqué à l’improviste. Malgré tout cela, j’ai réussi à boire un café avec Xavier Niel et rencontrer les anciens dirigeants d’Infogrames Entertainment qui m’ont beaucoup mentoré » , confie le Savoyard.

De tous les salons immobiliers entre 2018 et 2020, Julien Lopez exploite alors la solution depuis 10 ans pour gérer ses propres actifs. Un retour d’expérience qui convainc, puisque « les sollicitations affluent » selon ses dires. Le jeune entrepreneur passe donc la seconde. Il lancera bientôt une campagne de financement participatif pour consolider BedAndFriends, qu’il présente modestement comme un « Airbnb de la colocation » . 500 euros permettront de débloquer un accès illimité et à vie à la plateforme. L’argent ainsi collecté servira à lancer une version grand public de cette dernière, sous forme de forfaits échelonnés, d’ici à la fin 2021.

Le néo-Parisien – il s’est installé dans la capitale courant mai 2021 – affirme vouloir « lutter contre le mal de la solitude en encourageant la colocation » . Dans chaque logement, il recrute un « capitaine » chargé d’animer la communauté. En contrepartie, ce dernier reçoit des avantages : au-delà du choix des nouveaux arrivants, il bénéficie de sessions de ski ou d’autres activités. « C’est comme au Club Med » , lance Julien Lopez, visiblement amusé.

Cultiver sa résilience par la pratique sportive

Mieux : le champion du monde de ski freeride déploie un programme nommé « Investimer ». Ce dernier permet à ceux qui y participent de consacrer du temps – pour le bricolage, par exemple – aux appartements qu’il met en location… contre des parts d’une société civile immobilière (SCI). « Concrètement, tu peux devenir propriétaire contre du temps consacré à mes appartements » , explicite-t-il, avançant qu’une dizaine d’années peut parfois suffire, sous le statut d’auto-entrepreneur. Julien Lopez, qui revendique 52 locataires, n’entend pas se limiter à BedAndFriends. Du fait de son parcours, il a été approché par un certain nombre d’entreprises pour animer des conférences visant à mobiliser les salariés. Waze, UCB, Pierre Martinet… Toutes ont fait appel à ses compétences pour évoquer des thèmes inspirés de l’état d’esprit sportif, tels que la prise de risque, le jeu collectif ou l’authenticité.

Autant de valeurs fondamentales que l’athlète s’apprête à appliquer de nouveau dans le cadre de sa discipline. Officiellement à la retraite depuis 2017, Julien Lopez rechaussera ses skis de décembre 2021 à avril 2022 puisqu’il devrait être sur la ligne de départ du Freeride World Tour si l’invitation qu’il a lancée est acceptée par l’organisation cet été. « Je veux être champion une seconde fois, à 40 ans. Forcément, je ne peux pas aborder cela de la même manière qu’en 2009 après cinq ans de pause. Mais la forme est là, assure-t-il, souhaitant renouer avec la résilience que lui inculque la pratique sportive. Cela apprend l’art de naviguer dans les torrents. Et face à l’aventure entrepreneuriale qui m’attend, cela ne fera pas de mal. »

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