La néobanque va-t-elle détrôner la “banque de papa”?

17 avril 2021 Aujourd’hui à 01:50

La liste des néobanques actives en Belgique s’allonge. Mais que trouve-t-on derrière cette appellation? Analyse de ce secteur en plein boom.

Mais qu’est ce qu’une néobanque? Pourquoi fleurissent-elles ainsi? Quels sont leurs avantages? Et apportent-elles les mêmes garanties qu’une banque traditionnelle?

Néo vs tradition

100%

digital

Les néobanques, issues des fintechs, jouent à 100% le jeu du digital.

La différence essentielle entre une néobanque et une banque traditionnelle repose sur l’organisation. Là où des enseignes comme BNP Paribas Fortis, KBC, Belfius… reposent sur une structure historique constituée d’agences, les néobanques, issues des fintechs, jouent à 100% le jeu du digital.

Néanmoins, Etienne Dessy, spécialiste de la réglementation financière en Europe auprès de Linklaters, rappelle qu’en Belgique seuls les établissements de crédit peuvent se définir comme une banque. Ce seul mot souligne qu’il dispose de l’agrément, sésame indispensable des autorités bancaires au lancement de toute activité.

“En Belgique, seuls les établissements de crédits peuvent se définir comme une banque. Ce seul mot souligne qu’il dispose de l’agrément.”

Etienne Dessy

Spécialiste de la réglementation financière en Europe auprès de Linklaters

Une néobanque est donc agrée. Elle doit comme toute banque répondre à une analyse du profil de risque déterminant les fonds propres, se plier aux frais de surveillance et de compliance et assurer la protection des dépôts. Grâce à une activité basique et une faible structure de coûts immobiliers et de personnel, ces frais sont peu élevés.

Roland Gillet, professeur en Finances à la Sorbonne et à l’ULB (Solvay) souligne aussi l’avantage sur les fonds propres. “La plupart de ces banques n’acceptent pas de comptes en négatif. Les dépôts ne sont pas réinvestis en crédits. L’offre d’épargne est réduite. À part le capital minimal requis, les néobanques n’ont donc pas les mêmes besoins de fonds propres.” De quoi expliquer leur arrivée massive et rapide.

Le cas NewB

On se souvient du chemin parcouru par NewB pour répondre aux critères de l’agrément. Car malgré ses accents éthiques et écologiques, l’enseigne reste une banque classique.

La première néobanque belge Aion n’a pas mis neuf années pour être opérationnelle. Etienne Dessy rappelle qu’Aion, née du rachat par le fonds américain Warburg Pincus de la filiale belge de Banca Monte Paschi, disposait déjà d’un agrément. Elle a su faire état d’un modèle financièrement viable, là où NewB a dû convaincre de son business modèle.

Roland Gillet précise toutefois qu’une néobanque reçoit l’agrément qui correspond à son activité. “Si demain, elle veut se lancer dans une offre de crédit, elle devra répondre à des conditions plus strictes et n’obtiendra pas aussi vite un agrément.” De quoi peut-être freiner la croissance du portefeuille produits.

Un plus pour le client?

“Les néobanques bénéficient d’un alignement des astres: la technologie est là, la réglementation est là, et bien qu’ils soient aussi affectés par la pandémie, elle les a aussi aidés.” La technologie est en effet l’atout premier de ces banques. L’habilité et la flexibilité, elles la tirent aussi du recours au cloud via des services provider IT.

“Belfius n’aurait peut-être pas l’une des meilleures app bancaires au monde sans la concurrence des néobanques.”

Etienne Dessy

Spécialiste de la réglementation financière en Europe auprès de Linklaters.

Néanmoins, Roland Gillet ajoute un bémol. “La gratuité des services de ces banques est souvent limitée. Elles se rémunèrent désormais par le biais de plafonnement sur les taux de change ou via l’enrichissement de leurs applications.”

De plus, beaucoup de ces acteurs sont étrangers. Si on peut ouvrir d’un clic un compte depuis son fauteuil, il faudra le mentionner dans la rubrique “comptes étrangers” de sa déclaration d’impôts.

Une concurrence plus féroce

Les néobanques sont-elles en passe de prendre le pouvoir? “La frontière entre la néobanque et les filiales digitales des banques (HelloBank, Banx…) va se réduire. Elles sont déjà au coude à coude sur la technologie. L’une a les avantages de coûts, l’autre à la gamme de services et l’expertise. La néobanque deviendra donc difficilement la première banque du consommateur”, poursuit Roland Gillet.

“On sait les Google, Apple et autres s’intéresser aux services bancaires. C’est là une concurrence plus redoutable et redoutée.”

Roland Gillet

Professeur en Finances à la Sorbonne et à l’ULB

Néanmoins, Etienne Dessy voit un effet boostant. “Belfius n’aurait peut-être pas l’une des meilleurs app bancaires au monde sans cette concurrence.”

Geert Van Mol, chief digital officer de Belfius le reconnaît et précise qu’avec Banx, ils combineront le meilleur des deux mondes pour concurrencer les néobanques. Cette banque, lancée avec Proximus, sera davantage une marque digitale avec la signature financière de Belfius qu’une néobanque. 

Dans ce secteur en mutation, Roland Gillet voit pointer une concurrence bien plus féroce. “On sait les Google, Apple et autres s’intéresser aux services bancaires. Ils ont la force de frappe, les fonds propres et la technologie. C’est là une concurrence plus redoutable et redoutée. Et si en plus on assiste à une hausse des taux et des marges, cette rentabilité accrue du secteur fera encore plus d’envieux entrants.”

Le résumé

  • Comme toute banque traditionnelle, la néobanque est soumise à la régulation, la surveillance et les contraintes bancaires.
  • L’activité basique et 100% digitale l’aide à réduire ces frais et les exigences en capital au minimum.
  • Selon les observateurs, la néobanque a un effet boostant sur la digitalisation de la banque traditionnelle, laquelle est loin d’être passive.
  • Néanmoins, une concurrence plus ardue d’acteurs comme Apple ou autre Google est redoutée.

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