Zurich, une très discrète place de la fintech européenne

Zurich, une très discrète place de la fintech européenne La ville suisse héberge de nombreuses start-up de la finance et des accélérateurs exigeants comme le F10. Là-bas, on privilégie le bouche-à-oreille plutôt que le marketing.

Le canton de Zoug s’est dénommé la “Crypto Valley”, son voisin Zurich pourrait se dénommer la “Fintech Valley”. La ville suisse, centre mondial de la finance, est devenue en quelques années un hub pour la fintech européenne. En 2019, sur les 360 millions de francs suisses (338 millions d’euros) levés par les fintech helvètes, 84,8% (318 millions d’euros) étaient alloués à Zurich, d’après le rapport Swiss Venture Capital réalisé par le média startupticker.ch et la Seca, l’association suisse des investisseurs en private equity et corporate finance. A titre de comparaison, les fintechs françaises ont récolté environ 600 millions d’euros l’an dernier.

Bien qu’elle soit leader, Zurich n’en a pas fait un argument marketing pour attirer de nouvelles sociétés du secteur. Alors que son homologue Zoug multiplie les campagnes de communication autour de sa Crypto Valley. “Zurich est traditionnellement un centre d’affaires, un hub mondial pour l’asset management et les family offices qui a toujours fonctionné avec du bouche-à-oreille”, explique John Hucker, président de l’association Swiss Finance + Technology. “Les Suisses sont très humbles pour certaines choses et ne mettent pas trop en avant ce qu’ils réalisent”, soutient Azzedine Chaibrassou, entrepreneur français qui a fait une partie de sa carrière en Suisse. “Il y a beaucoup de start-up à Zurich qui viennent de spin-off d’universités, comme l’école polytechnique de Zurich, qui est une des plus grandes écoles d’ingénieurs au monde”, ajoute-t-il.

L’école polytechnique de Zurich attire des talents internationaux qui restent ensuite monter leurs entreprises et bénéficient de nombreux avantages. “Il y a la stabilité politique commune à la Suisse, une forte protection de la propriété intellectuelle, des entreprises de conseil très puissantes et la qualité de vie”, fait remarquer David Lambert, responsable du développement en Suisse de la communauté d’investisseurs Angelsquare. Sans oublier les avantages fiscaux qui se jouent pour certains au niveau du canton. “Zurich a longtemps été très avantageuse”, constate David Lambert. La capitale financière suisse a désormais un niveau d’imposition sur le bénéfice plus élevé que la moyenne (21,2%) mais doit passer à 18,2%, suite à un référendum fin 2019. Des réductions fiscales allant jusqu’à 70% seront aussi possibles grâce à divers instruments.

Beaucoup de pragmatisme

Zurich est aussi dotée d’accélérateurs et incubateurs assez exigeants, dont un spécialisé dans la fintech : F10. Ce lieu est en grande partie sponsorisé par SIX, l’opérateur boursier du pays. Son programme d’incubation phare attire des start-up de plusieurs pays européens. “Notre promotion comptait entre 30 et 40% d’entreprises étrangères”, se souvient Azzedine Chaibrassou, qui a passé six mois chez F10 pour sa fintech Qard, spécialisée dans le prêt aux petits e-commerçants.

Pendant sa période d’incubation, les équipes de Qard ont bénéficié de nombreux outils. “C’était très dense. Nous avions beaucoup de masterclass. Tous les mois, nous avions une semaine de cours soit sur la prise de parole, la recherche d’un business model… Tout ce qui est nécessaire pour construire un bon produit”, raconte le dirigeant. Un mentor est mis à disposition de chaque start-up une fois par semaine pour des questions stratégiques et un coach pour des tâches plus opérationnelles. Qard a aussi pu rencontrer facilement des banques privées nationales, régionales, des grands cabinets de conseil qui sponsorisent aussi le lieu. Et le tout gratuitement. 

“Les banques suisses sont très pragmatiques envers les fintech et veulent vite voir des résultats”

Les start-up reçoivent même des bourses de 15 000 francs suisses (14 000 euros). Mais ces avantages ont un prix. “Il est possible de se faire renvoyer du programme si vous ne passez pas certains paliers”, témoigne Azzedine Chaibrassou. Les paliers correspondent à des livrables tels qu’une démo du produit, la présentation d’un business plan, un document qui décrit la stratégie de l’entreprise… Un peu comme à l’école. “Ils sont très exigeants sur la qualité des livrables. Parfois, on voulait se concentrer sur certains aspects de notre boîte mais on ne pouvait pas car il fallait travailler sur le livrable. Mais c’est un moindre mal”, concède Azzedine Chaibrassou.

En tant que place financière mondiale, Zurich est évidemment un lieu privilégié pour rencontrer les grandes banques suisses ou les filiales d’institutions financières étrangères. Comme en France, la plupart ont créé des programmes pour les start-up. “L’industrie financière suisse est très motivée pour mettre en place des coopérations avec des start-up. Mais il faut avoir une solution éprouvée qui leur permettent de répondre à leurs besoins technologiques”, note Thomas Schäubli, responsable marketing d’Apiax, une regtech suisse basée à Zurich. “Ils sont très pragmatiques et veulent vite voir des résultats”, renchérit John Hucker. Les banques helvètes n’hésitent pas non plus à mettre des tickets dans les jeunes pousses suisses. “Crédit Suisse, Swisscom et ZKB (banque cantonale zurichoise, ndlr) font partie des gros investisseurs dans la fintech”, indique David Lambert. “Comme il n’y a pas beaucoup de VC, les start-up sont bien contentes d’avoir des banques qui veulent investir chez elles. Surtout que ces fonds n’ont pas les moyens de participer à des tours de table de plus de 100 millions de francs suisses (94 millions d’euros, ndlr)”, complète-t-il.

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Last but not least, Zurich a noué depuis plusieurs années des relations avec un autre hub financier mondial : Singapour. Un bel atout pour les fintech qui voudraient rapidement s’étendre dans la cité-état, qui regorge de grosses banques nationales et de fonds d’investissements titanesques.

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